24 juin 2026
MedComms Day est un événement annuel célébré par les professionnels de la communication médicale. Cette année, notre équipe de rédaction médicale et scientifique a choisi d’aborder le sujet de l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans ce secteur d’activité, notamment dans les publications. Entre espoir et méfiance…
L’usage de l’IA dans la publication scientifique devient courant, mais il soulève des questions importantes : fiabilité des contenus, respect de la confidentialité, transparence et responsabilité. L’IA peut produire des textes convaincants mais parfois faux ou biaisés, ce qui impose une vigilance humaine constante.
La version actualisée des Recommandations pour la conduite, la présentation, la rédaction et la publication des travaux de recherche soumis à des revues médicales du Comité International des Rédacteurs de Revues Médicales (International Committee of Medical Journal Editors, ICMJE) comprend depuis janvier 2026 une nouvelle section qui expose les règles et responsabilités liées à l’usage de l’IA et des grands modèles de langage (Large Language Models, LLM) dans la publication scientifique, avec des principes généraux et des règles applicables aux auteurs, aux relecteurs et aux éditeurs.
Les règles de publication stipulent notamment que les auteurs peuvent utiliser l’IA, mais doivent :
De leur côté, les relecteurs doivent :
Et les éditeurs de journaux à comité de lecture doivent :
Enfin, les revues à comité de lecture doivent établir une politique claire sur l’usage de l’IA et la communiquer à tous.
Ne pas déclarer l’usage de l’IA peut être considéré comme une faute scientifique.
👉 Retrouvez l’intégralité des recommandations de l’ICMJE dans la version mise à jour en janvier 2026 : https://www.icmje.org/recommendations/translations/french2026.pdf
Fin 2025, on pouvait lire dans le Volume 2 N°12 de The New England Journal of Medicine (NEJM) AI un éditorial expliquant le fonctionnement du dispositif “Fast Track”, un nouveau processus de relecture accéléré combinant humains et IA utilisé par ce journal, ainsi que les deux premiers articles évalués via ce dispositif et publiés dans NEJM AI :
Dans l’éditorial, on peut lire comment l’IA a été utilisée sans remplacer le jugement humain. Les articles évalués via le processus “Fast Track” ont été sélectionnés de façon stricte (manuscrits invités, jugés très prometteurs par plusieurs éditeurs, et dont les auteurs avaient explicitement accepté l’usage de l’IA par la revue). Après une évaluation complète réalisée par un éditeur, les manuscrits ont été soumis à GPT‑5 with Thinking (OpenAI) et Gemini 2.5 Pro (Google) pour une évaluation consultative. GPT‑5 a également été utilisé comme assistant pour évaluer certains points techniques (respect des instructions aux auteurs, conformité de la méthodologie utilisée et de l’analyse statistique). Les résultats de l’évaluation humaine et IA ont ensuite été discutés par toute l’équipe éditoriale. De plus, dans un souci de transparence, les prompts et les évaluations humaines et de l’IA ont été publiés en annexe des articles acceptés via ce processus d’évaluation.
NEJM AI estime que cette première expérience était encourageante : l’utilisation de l’IA a permis d’accélérer le processus (première décision en 7 jours) grâce à une complémentarité entre critiques humaines et assistance de l’IA, tout en maintenant un niveau de rigueur élevé. L’IA a été jugée efficace pour vérifier la conformité statistique et méthodologique et le respect des instructions du journal. Cependant, certaines suggestions de l’IA étaient hors sujet, soulignant l’importance de l’expertise humaine et de la responsabilité éditoriale.
L’intention des éditeurs est d’étendre ce processus d’évaluation rapide à d’autres articles soumis à d’autres journaux du groupe NEJM, toujours sous forme d’invitation, pour faire face au nombre croissant de manuscrits reçus. Dans le cas décrit ici, l’utilisation de l’IA comme assistant semble respecter des règles strictes, mais on peut craindre des dérives d’autres journaux peu scrupuleux qui ne garantiraient pas la confidentialité des manuscrits par exemple, ou n’informeraient pas les auteurs de l’utilisation de l’IA dans le processus d’évaluation de leur manuscrit, comme recommandé par l’ICMJE…
Les lecteurs doivent également redoubler de prudence en lisant les publications scientifiques car un phénomène inquiétant prend de l’ampleur. En effet, une vaste analyse portant sur 2,5 millions d’articles biomédicaux publiés entre 2023 et début 2026 révèle une recrudescence de références inventées. Elles sont souvent crédibles en apparence, bien formatées, attribuées à de vrais chercheurs et datées de manière plausible, mais ne renvoient à aucune publication réelle. En 2023, 1 article sur 2828 contenait une référence inventée ; 1 article sur 277 serait concerné début 2026. Le taux de fabrication de fausses références aurait dont été multiplié par 12 en trois ans !
D’après les auteurs de cet article de correspondance publié dans The Lancet, il y aurait trois origines possibles :
Les rédacteurs médicaux de Santé Active Edition – Synergy Pharm ont déjà été confrontés à ce phénomène en vérifiant les sources avant de citer une référence lors de la rédaction d’un manuscrit. La vérification des sources est un point majeur du contrôle qualité que nous effectuons au quotidien. Ce contrôle est très important car les références fictives peuvent notamment fausser les résultats de revues systématiques et fragiliser la chaîne de preuves utilisée pour prendre des décisions médicales.
L’IA se développe à grande vitesse et peut avoir sa place dans plusieurs secteurs d’activité, notamment celui de la rédaction médicale et scientifique. Néanmoins, son utilisation doit respecter certaines règles, et comme montré ci-dessus, la prudence reste de mise face aux erreurs possibles et à l’invention de contenus et de références qui paraissent crédibles. En réalité, l’IA peut permettre de gagner du temps pour certaines tâches lorsque cet outil est utilisé à bon escient comme un assistant. Cependant, l’examen critique et la vérification de l’exactitude, de la cohérence et de la conformité de contenus générés par l’IA engendrent une charge de travail supplémentaire et peuvent s’avérer aussi chronophages voire plus que la rédaction elle-même. Il serait donc illusoire de croire que l’IA puisse accomplir à elle seule le travail d’un rédacteur médical et scientifique, sans parler de la confidentialité… L’humain reste au cœur du processus, et responsable du contenu produit. De plus, de façon plus générale, l’effort mental que l’humain fait pour produire un contenu est ce qui l’ancre dans sa mémoire et lui permet de maîtriser un sujet. Il est donc nécessaire de continuer à faire cet effort pour stimuler notre cerveau, entretenir nos capacités cognitives, et conserver notre esprit critique.
Illustration générée par intelligence artificielle